Contrats aidés : une politique illisible
- Des vices et des vertus des politiques d’emploi , La lettre de l'insertion n° 001.
- Des propositions pour favoriser l’insertion , La lettre de l'insertion n° 001.
La crise financière n'est pas la seule saga du moment à offrir son lot de rebondissements. Question suspense et cliffanghers - cette vieille recette surexploitée par les séries télévisées pour tenir le spectateur en haleine à la fin d'un épisode -, la politique de l'emploi n'est pas en reste. Il suffit d'observer la courbe du nombre de contrats aidés, en dents de scie depuis 2005, pour s'en convaincre.
Un petit flash-back s'impose. L'année 2003 sonne le glas des emplois-jeunes mis en place par le gouvernement de Lionel Jospin. Revenue au pouvoir, la droite stigmatise une mesure accusée de creuser les déficits publics sans grande efficacité. Deux ans plus tard, cependant, les contrats aidés s'imposent à nouveau pour faire face à une conjoncture dégradée. Le plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo en crée plusieurs, dont le contrat initiative emploi (CIE) et le contrat d'accompagnement vers l'emploi (CAE).
Mécaniquement, ces emplois aidés augmentent de 441 000 en 2004 à 466 000 en 2006… avant de dégringoler l'année suivante. En 2007, les vannes budgétaires ont en effet été fermées. La loi de Finances pour 2008 est encore moins généreuse : dans le secteur non marchand, 230 000 entrées en CAE et en contrat d'avenir (CA) étaient prévues, contre 350 000 emplois de ce type financés un an plus tôt. Cette décision peut sembler logique dans un contexte de réduction du chômage. A un détail près : la reprise de l'emploi n'avait rien de durable.
C'est désormais officiel : le chômage a connu une forte hausse en août 2008 (+ 2,2 %). Et Laurent Wauquiez, le secrétaire d'Etat à l'Emploi, de vanter a posteriori une décision opportune : « En juillet, avant même la dégradation très forte de ces chiffres, on a fait une relance de 60 000 contrats. » Le nombre de CAE et de CA mobilisables entre le 1er juillet et le 31 décembre 2008 a en effet été revu à la hausse et porté à 158 000. On pourrait louer le pragmatisme du gouvernement, prêt à tourner le dos à ses préjugés idéologiques peu favorables au « traitement social » du chômage. Sauf que le budget 2009 prend de nouveau le contre-pied de cette politique. Enième revirement, les crédits alloués à l'emploi seront en recul de 5 % l'an prochain et le nombre de contrats aidés du secteur non marchand devrait s'établir à 230 000, contre 290 000 pour 2008. Quant aux emplois aidés du secteur marchand, ils baisseront d'un tiers.
Cette valse donne le tournis et illustre bien la conception qu'a le gouvernement des contrats aidés : ils ont une fonction d'« airbag », selon les propres termes d'Eric Woerth, le ministre des Comptes publics. Un airbag qui se gonfle et se dégonfle au gré des contraintes budgétaires, des périodes électorales ou de la courbe du chômage.
Comment, dans ces conditions, appréhender de manière sereine l'insertion des personnes en difficulté sur le marché de l'emploi - car telle est bien la mission originelle des contrats aidés ? C'est tout simplement impossible : confrontés à cette logique infernale du stop-and-go, les structures de l'insertion par l'activité économique doivent constamment s'adapter aux injonctions contradictoires des pouvoirs publics, alternant périodes de trop-plein et de sous-effectif. De quoi remettre en cause la qualité de l'accompagnement qu'elles proposent aux salariés en insertion et, au final, conforter le discours de ceux qui s'empressent de souligner l'inefficacité des contrats aidés, notamment dans le secteur non marchand. C'est un peu court. Les contrats aidés ne sont pas exempts de défauts, mais la moindre des choses, avant de les juger, serait de laisser aux structures qui les utilisent l'opportunité de faire leurs preuves, en leur accordant un minimum de visibilité.























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