Pauvreté : les pays anglo-saxons à la traîne
- Combattre les inégalités et la pauvreté. Les Etats-Unis face à l'Europe par Alberto Alesina et Edward L. Glaser , Alternatives Economiques n° 244.
- Comparer les taux de pauvreté , La lettre de l'insertion n° 122.
- Etats-Unis : la pauvreté des enfants augmente , Alternatives Economiques n° 263.
En matière de pauvreté, la France fait-elle mieux ou moins bien que les autres pays de niveau de vie comparable ? Difficile de le savoir, car tout dépend de la façon de mesurer la pauvreté. Néanmoins, il est possible de procéder à quelques comparaisons significatives.
Aux Etats-Unis, la pauvreté est mesurée à partir du prix d’un panier de biens alimentaires de première nécessité pour chaque taille de ménages. Le seuil de pauvreté pour chacune de ces tailles – par exemple un couple avec deux enfants, ou une famille monoparentale avec un enfant – est obtenu en multipliant par trois le prix du panier en question, parce qu’en 1955 (année au cours de laquelle ce type de calcul a été effectué pour la première fois), la nourriture représentait un tiers des dépenses des ménages.
Dans l’Union européenne, le seuil de pauvreté est déterminé à partir du niveau de vie médian, c’est-à-dire le revenu tel que la moitié des gens dispose d’un niveau de vie supérieur et l’autre moitié d’un niveau de vie inférieur. Sont considérés comme pauvres les ménages dont le niveau de vie n’atteint pas au moins 60 % de ce revenu. En France, le revenu en question est mesuré par l’Insee, mais en excluant l’essentiel des revenus du patrimoine, ce qui revient à sous-estimer le revenu de la partie la plus riche de la population et donc aussi le revenu médian (1). En 2004, 11,7 % de la population, soit 6,9 millions de personnes, disposaient d’un niveau de vie égal ou inférieur à 60 % du revenu médian, soit 788 euros par mois.
Cette différence de mode de calcul rend délicates les comparaisons entre les Etats-Unis et un pays de l’Union européenne. Difficile, mais pas impossible : en 2004, aux Etats-Unis, le seuil de pauvreté pour une personne seule (de moins de 65 ans) était, en pouvoir d’achat, de 741 euros par mois (au taux de change de 2004). Soit un peu moins que le niveau français. Or, aux Etats-Unis, 12,6 % de la population totale vivait en dessous de ce seuil (soit 37 millions de personnes). Ainsi, bien que le niveau de vie moyen américain soit, en pouvoir d’achat, supérieur de 37 % au niveau de vie moyen français, il s’y trouve proportionnellement plus de personnes à disposer de moins que le seuil de pauvreté.
Les comparaisons entre pays européens, quant à elles, reposent sur une enquête auprès des ménages, ce qui s’accompagne d’une sous-estimation des revenus, car les ménages ont toujours tendance à ne pas déclarer aux enquêteurs la totalité de ce qu’ils gagnent effectivement. Mais, comme la tendance à la surestimation est la même partout, la comparaison entre pays reste possible. En 2001, 15 % des ménages français déclaraient un niveau de vie inférieur à 60 % du revenu médian. La France était alors très mal placée par rapport à la Suède (8 % de ménages pauvres), mais bien placée par rapport au Royaume-Uni (18 %). La France est donc loin d’être un modèle, mais, au regard des pays anglo-saxons, pourtant plus riches qu’elle, elle est mieux placée dans la lutte contre la pauvreté.
























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